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Stendhal définit quatre amours différents :

l’amour passion, l’amour goût (romantique),  l’amour physique, l’amour vanité.

Toutefois, il omet de citer l’amour maternelle, qui, pourtant est au coeur de ses écrits littéraires.

Vie de Henry Brulard :

« Ma mère, madame Henriette Gagnon, était  une femme charmante et j’étais amoureux de ma mère. Je me hâte d’ajouter que je la perdis quand j’avais sept ans. En l’aimant à six ans  en 1789, j’avais absolument le même caractère qu’en 1828 en aimant à la fureur Alberte de Rubempré.

Ma manière d’aller à la chasse du bonheur n’avait au fond nullement changé, il n’y a que cette seule exception : j’étais pour ce qui constitue le physique de l’amour, comme César serait s’il revenait au monde pour l’usage du canon et des petites armes. Je l’eusse bien vite appris et cela n’eût rien changé  au fond de ma tactique.

Je voulais couvrir ma mère de baisers et qu’il n’y eut pas de vêtements. Elle m’aimait à la passion et m’embrassait souvent, je lui rendais ses baisers avec un tel feu qu’elle était obligée de s’en aller. j’abhorrais mon père quand il venait interrompre nos baisers. Je voulais toujours les lui donner à la gorge.

Ma mère  périt à la fleur de la jeunesse et de la beauté en 1790, elle pouvait avoir vingt-huit ou trente ans. Elle ne peut pas s’offenser de la liberté que je prends avec elle en révélant que je l’aimais ; si je la retrouve jamais je le lui dirai encore. D’ailleurs elle n’a participé en rien à cet amour. Quant à moi, j’étais aussi criminel que possible, j’aimais ses charmes avec fureur. »

Le Rouge et le Noir :

Julien Sorel,  fils d’un charpentier, privé de mère, séduit une mère de deux enfants, madame de Rênal, épouse du maire, l’homme le plus riche de Verrières.

Même relation amoureuse maternelle entre Julien  se comportant  comme un enfant et madame de Rénal comme une mère.

« Julien avait vécu en véritable enfant, depuis son séjour à la campagne, aussi heureux de courir à la suite des papillons que ses élèves.

Quoi ! j’aimerais, se disait-madame de Rênal, j’aurais de l’amour !…au fond ce n’est qu’un enfant plein de respect pour moi ! cette folie sera passagère.

Elle se permettait avec lui les mêmes gestes intimes qu’avec ses enfants. C’est qu’il y avait des jours où elle avait  l’illusion de l’aimer comme son enfant.

Madame de Rênal ne put fermer l’oeil de la nuit. Il lui semblait n’avoir pas vécu jusqu’à ce moment. Elle ne pouvait distraire sa pensée du bonheur de sentir Julien couvrir sa main de baisers enflammés.« 

Lors de son procès Julien déclare : « Je ne vous demande aucune grâce, je ne me fais point illusion, la mort m’attend : elle sera juste. J’ai pu attenter aux jours de la femme la plus digne  de tous les respects, de tous les hommages, madame de Rênal avait été pour moi comme une mère.

Madame de  Rênal fut fidèle à sa promesse. Elle ne chercha pas en aucune manière à attenter à sa vie ; mais, trois jours après Julien, elle mourut en embrassant ses enfants ».

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                  Madame de Rênal , Madame Henriette Gagnon amoureuses du petit Julien Sorel (alias Henri Beyle),  l’enfant amoureux  fou de sa mère.

Olivier Hertoux

10 mai 2018