Volcan                                                    

 

Que savons-nous du titre de ce roman, publié en 1830 ? 

Certains commentateurs ont vu une relation avec les jeux (la roulette, un jeu de carte),  des notions de couleurs politiques ; le rouge révolutionnaire, le noir du parti des prêtres. Selon Emile Fargues, contemporain de Stendhal (Henri Beyle) ce dernier aurait fourni l’explication suivante : « le rouge signifie que, venu plus tôt, Julien, eût été soldat ; mais à l’époque où il vécut, il fut forcé de prendre la soutane ». Cependant dans ce livre, Julien  évoque l’armée en blanc, « il se souvient avoir vu dans son enfance certain dragon du 6 ème, au long manteau blanc ».

Pouvons-nous alors croire l’auteur ? Ce titre avait-il une autre origine ?

Pour comprendre les raisons de ce titre, analysons le thème principal du livre, 

Résumé du livre :

Après avoir séduit madame de Rênal, Julien Sorel s’enfuit à Paris afin de devenir le secrétaire du marquis de la Mole, il séduit sa fille Mathilde. Madame de Rênal adresse au marquis une lettre dénonçant les agissements de Julien. Fou de rage, celui-ci tire dans l’église de Verrières sur madame de Rênal, blessée, elle échappe de peu à la mort.

Lors du jugement du tribunal, Julien Sorel prend la parole : « Messieurs les jurés, l’horreur du mépris me fait prendre la parole. Messieurs, je n’ai pas l’honneur d’appartenir à votre classe, vous voyez en moi un paysan qui s’est révolté, contre la bassesse de sa fortune. Je ne vous demande aucune grâce, je ne me fais pas d’illusion, la mort m’attend : elle sera juste.

J’ai pu attenter aux jours de la femme la plus digne de tous les respects, de tous les hommages. Madame de Rênal avait été pour moi comme une mère. Mon crime est atroce, et il fut prémédité. J’ai donc mérité la mort.

Mais je vois des hommes qui voudront punir en moi, des  jeunes nés d’une classe inférieure, dont l’audace est de se mêler, à ce que les gens riches appellent la société. Voilà mon crime, Messieurs, et il sera puni avec d’autant plus de sévérité que je ne suis pas jugé par mes pairs. Je ne vois pas sur les bancs des jurés des paysans enrichis, mais uniquement des bourgeois indignés….. »

Julien Sorel préfère mourir plutôt que de se soumettre à l’opinion des castes, à leurs intérêts, n’être plus sous le joug de ces tyrans.

Nous savons que le sort de Julien Sorel est inspiré de l’affaire Berthet.

Mais avait-il eu une autre source d’inspiration ?

Dans le livre Corinne ou l’Italie publié en 1807, madame de Staël évoque une relation singulière entre la nature et l’homme. Henri Beyle a lu ce livre le 18  juin 1807.

Description du Vésuve dans le livre  de madame de Staël :

« Corinne profita de cette impression pour arracher Oswald aux souvenirs qui l’agitaient, et se hâta de l’entraîner avec elle sur le rivage de cendres de la lave enflammée. Le terrain qu’ils traversèrent avant d’y arriver fuyait sous leurs pas, et semblait les repousser loin d’un séjour ennemi de tout ce qui a vie : la nature n’est plus dans ces lieux en relation avec l’homme, il ne peut plus s’en croire le dominateur ; elle échappe à son tyran par la mort. Le feu du torrent est d’une couleur funèbre ; néanmoins, quand il brûle les vignes ou les arbres, on en voit sortir une flamme claire et brillante ; mais la lave même est sombre, tel qu’on se représente un fleuve d’enfer ; elle roule lentement comme un sable noir de jour, et rouge la nuit ».

Tout comme Julien Sorel la nature se donne la mort pour échapper à son tyran, cette lave incandescente du Vésuve est évoquée dans le livre le Rouge et le Noir (les bois, le clergé, la liberté  chapitre  XXII)

Henri Beyle décrit la personnalité du jeune évèque d’Adge :

« Rien de plus facile, ce me semble, que de résumer notre position, dit le jeune évêque, avec le feu concentré et contraint du fanatisme le plus exalté. Jusque-là il avait gardé le silence, son oeil que Julien avait observé, d’abord doux et calme s’était enflammé après la première heure de discussion. Maintenant son âme débordait comme la lave du Vésuve ».

Commentaire :

Un air doux et calme, puis qui s’enflamme, c’est également le caractère sombre  et exalté de Julien Sorel.

La lave incandescente qui déborde du volcan représente aussi l’âme amoureuse du narrateur. Lettre à Mathilde Dembowski, « Mais le coeur qui est embrasé des flammes d’un volcan ne peut plaire à ce qu’il adore, fait des folies, manque à la délicatesse et se consume lui-même. (20 juillet 1819)

 C ‘est aussi Henri Beyle admirant les incendies ;  Smolensk en 1812  « Cela nous parut un si beau spectacle »,   celui de Moscou  « Nous sortîmes de la ville, par le plus bel incendie du monde. C’est la  frénésie du rouge qui conduit au noir de la mort.

Un sable noir de jour, et rouge la nuit  ou le Rouge et le Noir :

L’histoire de la nature  ou d’un homme qui préfère mourir plutôt que de se soumettre à ses tyrans.

Olivier Hertoux

6 décembre 2016