Cette article est la deuxième partie de l’article intitulé les faces cachées du Pseudonyme de Stendhal. Pour sa bonne compréhension, le lecteur est invité à  lire  l’article le Pseudonyme . 

La face cachée du pseudonyme de Stendhal : Germaine de Staël

Introduction

I) La dédicace ambigüe de l’Histoire de la peinture en Italie

II) Madame la baronne Germaine de Staël  s’endort le 13.07.1817 et ne se réveillera plus

III) Selon Henri Beyle, le titre Rome, Naples et Florence en 1817 fut inventé par le libraire, Pouvons-nous le croire ?

IV) L’hommage à madame de Staël

V) Je suis de fer – Je suis de Staël

VI) Le livre Rome, Naples et Florence en 1817, se termine dans l’édition originale le 28 juillet 1817.

VII) la dédicace du livre

VIII) Les comtes et marquis de Stendhal

IX) Madame de Staël dans ses romans

X) Que pensaient les relations de Henri Beyle de son pseudonyme ?

Conclusion

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Introduction :

Henri Beyle a constamment rêvé de gloire littéraire. Il a étudié inlassablement Molière et d’autres écrivains, imitant  leurs styles, trouver les clés de leurs succès.

A l’armée, il voulait imiter Turenne.

Henri Beyle est un auteur dont l’imagination n’est pas absolument créatrice, il a  besoin de terreau. Il construit ses livres à partir de faits. Le Rouge et le Noir à partir du procès d’ Antoine Berthet, Lucien Leuwen une ébauche de madame Jules Gaultier, la Chartreuse de Parme selon le récit « Origine et grandeur de la famille Farnèse ».

Ses deux premiers livres  sont des plagiats :

La vie de Haydn, Mozart et Metastase en 1814, livre publié sous le nom de L.A.C BOMBET est imité du livre de Monsieur Giuseppe Carpani pour Haydn et de Wincker pour Mozart. Cela donnera lieu à un échange de lettres épiques, Henri Beyle avec aplomb considérant qu’un anonyme ne peut pas être un plagiaire.

Henri Beyle n’hésite pas à copier dès lors que le sujet l’inspire, indépendamment du profil de l’auteur. Carpani était l’opposé d’Henri Beyle, monarchiste, dévot, sujet autrichien.

Citant Molière « je prends mon bien où je le trouve », il ajoute « si mes books arrivent en 1890, qui songera au grain d’or trouvé dans la boue » lettre  du 19 avril 1820

Son deuxième livre L’Histoire de la Peinture en Italie est emprunté  aux trois quarts à d’autres écrivains principalement l’abbé Lanzi, Varesi.

Le troisième Rome, Naples et Florence en 1817 emprunte des passages à l’Edimburg Review et à Goethe.

Henri Beyle était persuadé que le livre de madame de Staël « Delphine » irait à la postérité, et que son premier roman devait s’en inspirer.

Une ambition constante  : être reconnu par la postérité.

Madame de Staël, la femme la plus illustre de ce début du 19 ème siècle, Henri Beyle l’aura admirée, dénigrée. Un jeu  d’attirance et de repoussoir à l’image de celui qu’il pratiquait dans les salons parisiens. Il exprimera les mêmes propos ambivalents sur Chateaubriand, Lord Byron, Martial Daru.

Cet aspect de sa personnalité faite  de sentiments contradictoires est cohérente avec la multiplicité de ses pseudonymes (Crocodile, Mozart Dalincourt, Odile Watier…). 

Madame de Staël représente la personne littéraire qu’il aura le plus étudiée, lecteur aux aguets de ses publications, analysant ses phrases, cherchant le grain d’or.

Madame de Staël, dans ses livres « Delphine », « Corinne ou l’Italie en 1807″, fait de la destinée un thème central de son œuvre, sujet majeur également dans la littérature stendhalienne.

« ne touchons pas à la destinée ; elle fait tant de peur  quand on veut s’en mêler, quand on tâche d’obtenir plus qu’elle ne donne ! ». Corinne ou l’Italie p 231 Folio

« il n’ y a personne, je crois, qui n’ait au fond de son âme une idée singulière et mystérieuse  sur sa propre destinée ». Corinne ou l’Italie p 415

« imitons le destin ; on gagne toujours à imiter le maître »  lettre à sa sœur Pauline 15 avril 1805

« il paraît que mon destin est de mourir en rêvant ». Stendhal le Rouge et le Noir

Henri Beyle aura étudié la destinée de madame de Staël, comme celle de Napoléon. Fille de monsieur Necker, elle participa dès le plus jeune âge au salon de sa mère. Elle y fit les plus grandes rencontres de l’esprit, Condorcet, abbé Raynal, ….Voltaire à Ferney. La vivacité de son jeune esprit se fit remarquer. Elle assista avec son père à la célèbre journée du  5 mai 1789,  la convocation des Etats généraux. Elle vit ensuite son père acclamé par une foule en liesse, en sauveur d’un peuple de Paris affamé.  Par son mari, elle devint ambassadrice de Suède à Paris. Elle organisa un salon politique rue du Bac, où les éminents esprits de l’Assemblée Constituante et du Tribunat se rassemblèrent. Elle eut pour ami intime, Robespierre, de Narbonne,  de Barante, Benjamin Constant. Elle s’opposa à la tyrannie de Napoléon, qui voyait en elle une intrigante. Elle n’eut de cesse de militer en faveur d’un esprit européen, de faire connaitre la  culture étrangère (de l’Allemagne), malgré une interdiction de publier.  Exilée à Coppet, elle accueillit les européens aux idées les plus libérales et les plus hostiles à Napoléon. Devant fuir Coppet pour ne pas être arrêtée, elle se rendit successivement en Russie auprès d’Alexandre 1er, en Suède où elle rencontra Bernadotte, puis en Angleterre en vue d’accélérer la coalition qui sera néfaste à Napoléon Bonaparte.

Henri Beyle avait une ferveur pour les tyrannicides, il écrit que Henry Brulard est le mari de la célèbre Charlotte Corday. Il relatera dans sa jeunesse avoir écrit, sur une table de noyer au désespoir de son grand père, la liste des tyrannicides ( selon sa propre expression).

Henri Beyle avait-il une telle admiration pour cette femme à l’esprit de conversation et au charisme exceptionnel pour adopter son nom Necker de Staël Holstein (N.D.STAEL.H), lorsqu’elle décèda.

N. DE STAEL H. = STENDHAL, c’est au lecteur bénévole d’en décider à la lecture  de cette présentation.

 

I) La dédicace ambigüe de l’Histoire de la peinture en Italie

Le 5 mars 1817, Henri Beyle envoie à son éditeur Pierre Didot une note indiquant que le volume « Histoire de la Peinture en Italie » publié sous le nom de M.B.A.A (Monsieur Beyle Ancien Auditeur) devra être envoyé entre autres destinataires à madame de Staël.

Pour la première fois  dans son œuvre littéraire Henri  Beyle publie à visage découvert, en utilisant ses initiales. Quelle pouvait en être la raison ? Lisons le commentaire de Henri Martineau, Stendhalien émérite dans son livre  « Cœur de Stendhal ».

« L’ouvrage Histoire de la peinture en Italie en 1817 portait une dédicace qui est demeurée longtemps mystérieuse grâce surtout à sa rédaction assez peu claire :

« Au plus grand des souverains existants, à  l’homme juste  qui eût été libéral par son cœur, quand même la politique ne lui eût pas dit que c’est aujourd’hui le seul moyen de régner »

Ceux qui la lurent n’y comprirent pas grand chose. Encore furent-ils peu nombreux parce l’Histoire de la peinture ne se vendit guère et parce que la page où elle était imprimée fut retranchée  très tôt  sur les exemplaires restés dans le commerce. Lorsque, sur la seconde édition publié en 1851 par les soins de Romain Colomb (son cousin), une nouvelle dédicace toute flambante à S. M Napoléon, le Grand eut été substituée à la première, les rares commentateurs qui abordèrent la question crurent de bonne foi, sans y regarder de trop près, qu’elles avaient l’une et l’autre été adressées au même destinataire. La prudence seule en 1817 aurait retenu la plume de l’auteur. Paul Arbelelet nous a révélé  que la première dédicace réservait ses flatteries à Alexandre, empereur de Russie, dans le but de gagner 5000 francs par an en exerçant le métier de professeur ».  p368

La dédicace : « Au plus grand des souverains existants », une formule toute Stendhalienne faite d’ ambiguïté, le souverain existant pouvait être Louis XVIII, Napoléon ou Alexandre Premier.

Monsieur Paul Arbelet a tranché : la dédicace était en faveur d’Alexandre Premier, empereur de Russie.

Dans quel contexte financier a-t-il écrit le livre Histoire de la peinture en Italie ?

Depuis la chute de Napoléon en 1814, Henri Beyle n’avait  plus de fonction administrative. Conscient que ses revenus étaient insuffisants, il décida de vivre en Italie,  espérant des subsides de son père. En 1816, Henri Beyle a 1600 francs de rente et en dépense 4000 . Une insuffisance de moyens financiers persiste sans espoir d’amélioration.

Seule espérance, écrire un livre de qualité permettant de se faire remarquer des personnes influentes, en perspective l’obtention d’un poste administratif, celui de professeur en Russie.

Dans  une lettre à Louis Crozet datée du 20 octobre 1816, il écrit :

« Si tu trouves réellement basse, plate, la dédicace, pouvant faire rougir Dominique en 1826, supprime-là. Il m’a consulté, je ne la trouve pas plate. Item, primo panem, deinde philosophari ».

Le message est clair : Dominique c’est à dire Henri Beyle place la subsistance au premier plan, même s’il s’agit d’une action basse dont il pourrait avoir honte à l’avenir.

Ainsi le seul livre publié début juillet 1817 sous ses initiales (Monsieur Beyle Ancien Auditeur) est dédié  au vainqueur de Napoléon !

II) Madame la baronne Germaine de Staël  s’endort le 13.07.1817 et ne se réveillera plus 

son nom complet  Necker de Staël Holstein ( ses initiales N.D.STAEL.H)

Le 13 septembre 1817, « Rome, Naples et Florence en 1817 » est publié pour la première fois sous le pseudonyme de Stendhal. (anagramme de NDSTAELH)

(Cette synchronicité de date est-elle fortuite ou bien est-elle étudiée ? regardons les dates de parution de certains de ses écrits :

Le 3 décembre 1825, il écrit « Complot contre les industriels », une critique du  comte de Saint Simon qui prônait le progrès de l’humanité par l’industrialisation. Ce dernier était  décédé le  19 mai 1825.

Le 23 juillet 1827, il publia Armance, thème d’un impotent emprunté à madame Claire de Duras dans le livre Olivier. Elle décéda en janvier 1828

En  septembre 1829, il apprend la mort de Pierre Daru. Il commence aussitôt Le Rouge et le Noir dont les biographes attribuent des similitudes entre madame de Rênal et madame Pierre Daru. Ce livre paraîtra en 1830. Il prétendit l’avoir commencé en 1828.

Dans les dernières pages de son  livre Rome, Naples et Florence en 1817, Henri Beyle rend un fervent hommage à madame de Staël.

« L’esprit, les richesses, les plus grands titres, tout cela venait chercher le plaisir dans le salon de la femme illustre que la France pleure, on osait plaisanter un grand prince. Les auteurs écriraient pour être estimés dans le salon de Coppet ».

L’avant dernière phrase du livre ; « je connais la terre où l’on respire cet air céleste dont ils nient l’existence » fait référence  à  Corinne ou l’Italie en 1807 de Madame de Staël.

Les têtes de chapitres de Corinne ou l’Italie en 1807  évoquent Rome, Naples et Florence :

Chapitre 4 : Rome       Chapitre 11 : Naples et l’Ermitage           Chapitre 18 : Le séjour de Florence :

Ce livre est annoncé dans le journal de Paris du 15 mai 1807. Henri Beyle l’évoque à sa sœur Pauline dès le 18 juin :

« J’ai beaucoup parlé avec M. Empirius, qui a de l’esprit, mais en qui on sent le manque d’âme (il n’a pas, dans la conversation, une étincelle de la chaleur de Corinne »

Sans en citer l’auteur, il s’en inspirera  dans l’analyse du caractère italien  :

– description de l’amour en termes ordinaires – un mélange de naïveté et de finesse – la connaissance de l’homme, par la pratique des affaires plutôt que par un usage littéraire. (Référence Charles Dejob, Madame de Staël et l’Italie)

En mars 1811, son cousin Martial Daru est nommé Intendant des Biens de la Couronne dans les départements du Tibre et du Trasimène. Henri Beyle fut  déçu de ne pouvoir l’accompagner. Il décida avec son ami Louis Crozet de demander un congé, pour partir revoir sa chère Italie. La raison était de joindre l’utile à l’agréable. Cette promesse de bonheur  était le souvenir de cette sublime Italienne, Angela Pietragrua, qui lui avait fait une si forte impression lors de son précédent séjour en 1800. Il écrit dans son journal 9 mars 1811 :                      

« Nous sommes convenus Crozet et moi qu’il fallait étudier le caractère de la nation dans ce qui a été dit……..nous allons en Italie pour étudier le caractère  : connaître les hommes  de cette nation en particulier, ….  mais nous garder  des descriptions » journal 9 mars 1811

Avant son départ, Henri Beyle étudiera à nouveau « Corinne ou l’Italie », notamment le thème de l’influence du climat sur le caractère des hommes qu’il reprendra à son compte dans ses écrits.

Même s’il déplore un style emphatique, lequel d’ailleurs est plutôt de l’appréciation de Louis Crozet et de Pierre Daru  :                        

« Ce style tendu dont le moindre défaut  est de vouloir commander  sans cesse l’admiration (phrase de monsieur DARU) »

Pouvait-il se dissocier de  la pensée de son mentor, ministre secrétaire d’Etat de Napoléon ? En 1810, l’attribution de sa qualité d’auditeur au Conseil d’Etat  est  due à l’intervention de madame Pierre Daru. Napoléon exerçait un contrôle strict sur les organes de Presse et sur les publications. Par ordre du duc de Rovigo, ministre de la Police de Napoléon, Le livre de Madame de Staël « De l’Allemagne » est mis au pilori, elle  reçoit une injonction de quitter la France dans les plus brefs délais (ordre du 3 octobre 1810). Madame de Staël désignée, comme personne non grata, ennemie public du régime napoléonien depuis 1802. Henri Beyle redoutait que son journal ne soit dérobé et mis entre des mains malveillantes. « J’ai couru un grand danger ce matin : Brichard a lu le commencement de ce journal » 17 juin 1807

Dans ces conditions, Henri Beyle était-il libre d’écrire en toute liberté de pensée sur madame de Staël ?

Henri Beyle critique son style, mais en étudie les moindres idées  et se les approprie. 

III) Selon Henri Beyle, le titre Rome, Naples et Florence en 1817 fut inventé par le libraire. Pouvons-nous le  croire ?

Le 10 septembre 1811 lettre à sa sœur Pauline :                       

« M.Z (Daru) a eu la bonté de me permettre de faire une absence, et je suis venu embrasser mes anciens amis et voir Rome et Naples »

Le 5 janvier 1817, lettre à Louis Crozet ( soit 8 mois avant la publication de Rome , Naples et Florence en 1817) :                      

« j’avais reçu 2100 francs, ce qui, avec 240 que j’ai encore, me permettrait de rester six mois à Rome ou à Naples…………..il m’arrive un accident étrange, mais j’avais juré de ne rien prendre au tragique, ne songeant pas qu’une véritable tragédie me tomberait sur la tête. Mes deux malles mises au roulage à Florence le 12…..ne sont pas arrivées. »

En s’appuyant sur l’article de René Servoise sur la musicalité des titres de Stendhal, celui-ci fait observer la position de chaque syllabe à l’exemple du Rouge et le Noir, où le phonème R ouvre le Rouge et le R ferme le Noir. Nous complétons en indiquant que Stendhal a voulu établir une correspondance entre la musique et l’écriture, une écriture musicale, telle qu’énoncée à la date du 27 août 1827 dans le livre « Promenade dans Rome ».

« Je ne désire être compris que par que des gens nés pour la musique; je voudrais pouvoir écrire dans une langue sacrée »

Cette écriture musicale sacrée est évoquée  à nouveau dans la vie de Henry Brulard  :                      

« le hasard fait que j’ai cherché à noter les sons de mon âme par des pages imprimées »

Nous retrouvons souvent dans ses ouvrages la description des personnages ou des attitudes par le mot air, qui a pour signification l’apparence ou la musique. Exemple au chapitre la Reine  Margueritte du livre le Rouge et le Noir (Julien prit un air doux et soumis-après quoi de l’air le plus indifférent- l’académicien s’arrêta en regardant Julien d’un air fin. Julien sourit de l’air le plus spirituel qu’il put).

Ce mot air Stendhal le fait résonner par la lettre R dans ses titres. Ainsi le R ouge et le noi R, c’est l’air du Rouge et du noiR, de la passion et de la mort, il a composé : Le R ose et le vERT       R acine et Shakespea Re   Ch AR treuse de P AR me En conséquence, nous ne pouvons retenir l’invention du titre  R ome, Naples et Flo rence en 1817 par le libraire, car la construction des titres de ses  ouvrages est bâtie sur le même schéma, avec le son R en première et dernière syllabe.

Pourquoi prétendre que le titre a été inventé par le libraire ? 

Est-ce pour cacher un hommage à Madame de Staël, avec l’Italie de 1817, terre de l’amour stendhalienne faisant écho à celle de  Corinne ou l’italie de 1807 de madame de Staël ?.

IV) L’hommage à madame de Staël

Le 15 septembre 1817, le  livre  Rome Naples, et Florence en 1817 est envoyé à 44 destinataires, principalement des proches de Madame de Staël (Mrs les duc de Broglie, Mr de Staël fils, Benjamin Constant, Mr et Mme Récamier, Mr de Humbold, Mr Sismondi). Aux avants dernières pages à la date du 6 août 1817,(pléiade 1973, voyage en Italie, p155),  nous pouvons y lire un hommage extraordinaire de Stendhal à Madame de Staël :

« On me raconte qu’il y a eu cet automne sur les bords du lac, la réunion la plus étonnante : c’étaient les Etats généraux de l’opinion européenne. Pour que rien n’y manquât, on y a vu jusqu’ à un R…qui peut-être y a pris quelques leçons de savoir vivre. Ai-je besoin de nommer le personnage étonnant qui était l’âme de cette grande assemblée? A mes yeux ce phénomène s’élève jusqu’à l’importance politique. Si cela durait quelques années, les décisions de toutes les académies d’Europe pâliraient. Je ne vois pas ce qu’elles ont à opposer à  un salon ou les Dumont, les Bonstetten, les Prévost, les Pictet, les Romilly, les de Brogie , les Brougham, les de Brême, les Schlegel, les Byron discutent les plus grandes questions de la morale et des arts devant Mme Necker-Saussure, de Broglie, de Staël.

Les auteurs écriraient pour être estimés dans le salon de Coppet. Voltaire n’a jamais rien eu de pareil. Il y a  sur les bords du lac six cents personnes des plus  distinguées de l’Europe. L’esprit, les richesses, les plus grands titres, tout cela venait chercher le plaisir dans le salon de la femme illustre que la France pleure. On osait plaisanter un grand prince ». En marge Stendhal rajoute  une phrase : Lorsqu’on ne peut éteindre une lumière, on s’en laisse éclairer.

Pourquoi lui rend-il un tel hommage à la fin de son livre, alors qu’officiellement il dénigre son écriture ? Le décès si proche  ne le conduit-il pas à être sincère dans son admiration pour cette femme dont le salon était au cœur des raffinements de l’esprit, par cet art de la conversation.

« Madame de Staël a l’échafaudage du talent de Molière, échafaudage qui fait une partie du talent de Montesquieu ; elle a connu les lois de la société  (dans un salon), elle en a montré la cause et l’effet, leur naissance et leur vie ».  journal pléiade 1973, p200

Cette phrase est élogieuse, Henri Beyle étant un grand admirateur de Molière et de Montesquieu. Henri Beyle aura passé une grande partie de sa vie mondaine à fréquenter les salons pour parfaire sa connaissance des hommes et des lois de la société.

Le salon de Coppet est pour Stendhal un lieu privilégié, un cercle européen de discussion des questions morales, économiques, culturelles voire politiques.

Selon les informations connues, Henri Beyle ne fut jamais un membre du salon de Coppet, même s’il fréquenta quelques un de ses membres ; Di Brême, Bonstetten, Lord Brougham, Lord Byron

L’admiration pour madame de Staël est exprimée  à  nouveau, en novembre 1824, dans un article du London magazine (réf : courrier anglais) :

« Madame de Staël, elle qui fut la femme la plus extraordinaire qu’on vit jamais, elle qui mena la conversation française et porta au plus haut degré de perfection l’art brillant de l’improvisation sur quelque sujet que ce fût« .

V) Je suis de fer – Je suis de Staël

Henri Beyle indique « que l’auteur, qui n’est plus français depuis 1814, est à un service étranger ». Il faut comprendre que depuis la chute de Napoléon en 1814, l’auteur est à un service étranger, autrement dit allemand. Citons les dernières lignes :

« J’ y ai réfléchi :  ; je recommencerais mon voyage, si c’était à refaire; non pas que j’aie rien gagné du côté de l’esprit , c’est l’âme qui a gagné. La vieillesse morale est reculée pour moi de dix ans. J’ai senti la possibilité d’un nouveau bonheur. Tous les ressorts de mon âme ont été nourris et fortifiés; je me sens rajeuni. Les gens secs ne peuvent plus rien sur moi : « je connais la terre où l’on respire cet air céleste dont ils nient l’existence; je suis de fer pour eux ».

Dans cette conclusion, trois notions sont évoquées :

 1) « La vieillesse morale est reculée pour moi de dix ans. J’ai senti la possibilité d’un nouveau bonheur. Tous les ressorts de mon âme ont été nourris et fortifiés ; je me sens rajeuni ».

A cette phrase le professeur del litto  indique p 1421 : « il s’agit  de toute évidence de réminiscence  du séjour de Stendhal à Brunswick en 1807-1808« .

Quel livre lisait le futur Stendhal avec une telle  attention en 1807 pour en reprendre  des thèmes  dans Rome Naples et Florence en 1817 ? 

En juin 1807 à Berlin, Henri Beyle écrit à a sa soeur :

« Les comédies de Goldoni……presques toutes pleines de naturel. Elles ont  encore un autre charme pour moi : elles me rappellent les moeurs et le langage de ma chère Italie, de cette patrie de la sensibilité. As-tu lu Corinne ? on est enchanté ici ; mais que la peinture est loin de l’original.

L’empereur m’a nommé adjoint-commissaire des guerres le 11 juillet.

Commentaire : Madame de Staël est l’ennemie du régime napoléonien. Henri Beyle comme à l’accoutumée dans son journal et sa correspondance prend une forme d’expression impersonnelle ; on est enchanté ici ( c’est lui-même qui est enchanté des écrits de madame de Staël, aurait-il pris le risque de faire partager cette admiration à d’autres condisciples ? Il vient d’être nommé par l’empereur, la prudence dans l’expression s’impose.

La peinture est loin de l’original : une expression Stendhalienne ambivalente.  A priori nous lisons que la narration est insuffisante. Le fait d’exprimer  un enchantement à cette lecture, nous comprenons que la fiction ne pourra jamais égaler l’original. Ce livre lui rappelle sa chère Italie, la patrie de la sensibilité.

 2) « Les gens secs ne  peuvent plus rien sur moi »

Henri Beyle classifie les individus en deux catégories  les gens secs ou les gens sensibles, ces derniers dont il fait partie  seraient incompris de ceux qui ont une âme sèche c’est à dire animée  par la vanité, et les intérêts.

3)  A la dernière ligne du livre une phrase singulière est écrite. Comme si Henri Beyle avait voulu donner la clé au décryptage du pseudonyme :

                      « je connais la terre (l’Italie) où l’on respire cet air céleste dont ils nient l’existence : je suis de fer pour eux »

Cette phrase est construite  avec l’utilisation de deux points annonçant un message : Je suis de fer pour eux.

– L’expression linguistique, je suis de fer, est curieuse , car elle n’a pas de sens. Nous pouvons prétendre qu’elle n’en avait guère à son époque, à moins que Henri Beyle n’ait voulu faire un jeu de mot Stendhalien.

Puisque l’auteur écrit qu’il termine son voyage à Francfort, il est naturel de traduire cette phrase en allemand.

Je suis de fer pour eux se traduit  par : ich bin von Stahl für sie. Stahl, dérivé de l’ancien allemand (Stahel, Staël),

La clé du livre  s’ouvre et devient :    « Je suis de Staël pour eux »  

L’expression « Je suis de fer », pouvait-elle être associée à Stahl, Staël :

En 1807 et 1808, Henri Beyle séjourne à Brunswick en Allemagne, département de l’Ocker, royaume de Westphalie, exerce les fonctions d’intendant administratif et de Commissaire adjoint des guerres. En 1809, campagne d’Autriche, 1812 campagne de Russie. Henri Beyle y assure des fonctions de logistique militaire. Il aura séjourné quatre années dans les pays de langue allemande. Le mot Stahl si commun dans les armées ne pouvait lui être étranger.

La notion Stahl a une connotation de fer et de nerfs d’aciers correspondant bien à l’idée que l’auteur semble vouloir faire passer de sa propre personnalité. La question que nous pouvons alors poser : Les chercheurs partent du postulat qu’Henri Beyle connaissait peu la langue allemande, alors l’avait-il étudiée ?

Son cousin  Romain Colomb indique dans la préface de son premier roman Armance, édition Lévy 1877 page 31 :    « les fonctions d’intendant administratif le fixèrent à Brunswick pendant les années 1807 et 1808, il profita de son séjour dans cette ville pour étudier la langue et la philosophie allemande ».

 « En ce temps-là, il arriva à Weimar un jeune homme de belle figure (M. de Schlegel) ; il avait l’air sauvage et sombre. Je le rencontrai au milieu d’une soirée nombreuse ; je fus frappé par un des esprits les plus vifs et les plus brillants que j’ai jamais rencontrés. De ma vie, je n’ai entendu la langue allemande parlée avec autant d’esprit »  lettre  à Romain Colomb du 18 décembre 1813.

De ces quatre années passées dans les territoires de langue allemande et de  ces fonctions administratives dans l’armée, nous pouvons déduire que Henri Beyle connaissait la signification du mot Stahl-fer. En conséquence, en employant ce  mot,  l’auteur a introduit une ambivalence volontaire avec le nom de madame de Staël.

– « Je connais la terre où l’on respire cet air céleste » est celle de Corinne ou l’Italie en 1807 de madame de Staël.

En effet, Louis Moreau de Bellaing, (auteur du livre « L’enthousiasme de madame de Staël », ed L’harmattan, p 90) :

« Lorsque l’un des airs évoque  l’Italie et l’excès de plaisir de la revoir, Corinne s’exalte : j’étais dans une sorte d’ivressse, je sentais pour l’Italie tout ce que l’amour fait éprouver, désir , enthousiasme, regret ; je n’étais plus maîtresse de moi-même; toute mon âme était entraînée vers ma patrie, j’avais besoin de la voir , de la respirer, de l’entendre ; chaque battement de mon cœur était un appel  à mon beau séjour, à ma riante contrée ».

Nous remarquons que cette citation fait écho à l’Italie, terre de l’amour et au besoin de la respirer de Stendhal.

« Dans une improvisation poétique de Corinne sur l’Amour : « Qu’arrive t-il lorsque la destinée nous sépare de celui qui avait le secret de notre âme et nous avait donné la vie du cœur, la vie céleste ?  M.de Bellaing p88

Ce dernier fait observer que la vie céleste se passe ici sur la terre ». Cela renvoie au concept de Stendhal, « la terre où l’on respire cet air céleste ».

Dans cette même improvisation poétique, Corinne dit :

« Ainsi le talent, épouvanté du désert qui l’environne, parcourt  l’univers sans trouver rien qui lui ressemble. La nature , pour lui, n’a plus d’écho ; et le vulgaire prend pour de la folie ce malaise d’une âme qui ne respire pas dans ce monde assez d’air , assez d’enthousiasme, assez d’espoir« . (Corinne p 354  Gallimard)

Henri Beyle traduit par « les gens secs ne peuvent plus rien sur moi, je connais la terre où l’on respire l’air céleste dont ils nient l’existence ».

Cette solitude parmi les gens secs, Henri Beyle l’a  décrite aussi dans le commentaire du tableau représentant madame de Staël, Corinne au cap Misène du baron Gérard, journal de Paris, salon 9 septembre 1824:                      

« Je lis dans ces figures froides et dédaigneuses le sort qu’éprouva la pauvre Corinne lorsqu’elle  aura quitté la belle Italie, pour aller s’engouffrer dans la terre des convenances, dans les froides  régions du Nord ».

Il  reprend ensuite son masque ironique  en écrivant :                     

« Voilà la traduction tout entière de belles pages  de Mme de Staël sur les femmes du Nord si fidèle aux exigences de leur rang, si respectables, si recommandables, par leur talent de faire leur thé ? ». Un ton sarcastique à l’accoutumée « pour ne pas être deviné ».

En quittant sa chère Italie, tout comme l’héroïne de madame de Staël, Henri Beyle sera confronté aux gens secs.                    

« Les gens secs ne peuvent plus rien sur moi, je connais la terre où l’on respire l’air céleste dont ils nient l’existence, je suis de fer pour eux ».                        

 « Je suis de fer, je suis de staël », une clé stendhalienne signifiant :  je suis en harmonie avec la description de madame de Staël,  l’Italie terre de l’amour, et plus encore avec son âme sensible. 

Henri Beyle écrit dans son journal à propos d’un autre livre « Delphine » de madame de Staël :

« le livre de madame de Staël ira à la postérité »… « Lui écrire cela, en âme grande et sensible parlant à sa pareille. Les artistes entre eux se doivent de ces aveux ». Journal 5 février 1805.

Le patronyme complet de madame de Staël :  NECKER  DE STAEL HOLSTEIN     les initiales de madame de Staël : N D STAEL H 

Dans son journal et  la vie d’Henry Brulard, Henri Beyle utilise des initiales en vue de cacher  l’identité des personnes  ou des femmes aimées.

Des pseudonymes de femmes Odile Watier, comtesse Simonetta. Des anagrammes (St REMO au lieu de St OMER…) L’anagramme se définit par un croisement de lettres. Cette pratique lui est familière.

NDSTAEL H anagramme  SHTENDHAL 

VI) Le livre Rome, Naples et Florence en 1817, se termine dans l’édition originale le 28 juillet 1817

Le professeur del Litto constate que Henri Beyle a terminé son ouvrage le 28 juillet 1817, et qu’un rajout de plusieurs pages se termine aussi le 28 juillet 1817.

Dans l’édition actuelle Pléiade Rome, Naples et Florence en 1817, la fin du livre se termine le 28 août 1817, le professeur del Litto explique : par souci de cohérence, j’ai décalé d’un mois les dates énoncées.

Ainsi dans l’édition originale,  Henri Beyle a daté son hommage post mortem à madame de Staël au 3 juillet 1817. Celle-ci étant décédée dix jours plus tard, nous pouvons comprendre le choix du professeur del Litto d’établir une cohérence chronologique.

En revanche ce qu’il n’a pas perçu, c’est le choix délibéré de Henri Beyle de dater par deux fois  la fin du livre au  28 juillet 1817. Ce n’était pas par étourderie ! Cette date du 28 juillet 1817, qu’a-t-elle de singulier pour Henri Beyle qui choisissait soigneusement ces dates de publication ou d’écriture ?

(Le livre Armance : 23 juillet 1827, Promenade dans Rome : date de publication souhaitée 23 juillet 1829, Henry Brulard 23 novembre 1835,  Chartreuse de Parme 23 janvier 1835),  de même le choix attentif de la date de son journal (28 germinal l’an 9 et de sa correspondance (9 mars 1800) (voir article pseudonyme).

Qu’a voulu exprimer Henri Beyle en terminant son ouvrage au 28 juillet 1817, en  prenant pour la première fois le nom de Stendhal ?

Le 28 juillet 1817 est  la date d’inhumation de madame de Staël à Coppet.

Dans la seconde édition du livre en 1826, Henri Beyle fit disparaitre l’éloge exceptionnel à la femme illustre, supprima la dernière phrase et la date du 28 juillet 1817.

VII) La dédicace du livre

La fin de Rome, Naples et Florence en 1817, fait référence à la mort de madame de Staël.

Madame de Staël est l’auteur du livre « Corinne ou l’Italie en 1807″, Corinne prénom choisi en hommage à la poétesse lyrique.

Madame de Staël s’identifie à son héroïne dans son livre.

Madame Eva Duperray, auteur du livre « L’or des mots », indique qu’il s’agit « d’un roman de type Pétrarquiste, la mort de Corinne est idéalisée, comme celle de Laure le modèle de Pétrarque ».  p 131

Nous constatons que Henry Beyle a choisi, au début du livre Rome, Naples et Florence en 1817,  une citation de Pétrarque relative à la mort de Laure :  

« Le sourire qui pénétra son cœur, la première fois qu’il l’aperçut joua sur ses lèvres à jamais; le regard de ses yeux qui rencontra les siens pour la première fois ne s’effaça jamais. L’image de sa maîtresse hantait encore son esprit et tout dans la nature la lui rappelait. La mort elle-même ne put faire disparaître cette charmante illusion ; car ce qui existe dans l’imagination est seul impérissable. A mesure que nos sentiments s’idéalisent, l’impression du moment devient en réalité moins violente. Le choc n’est plus ressenti que par réflexion ; c’est le rebondissement qui est fatal ».

Henry Beyle ne fait aucune autre référence à Pétrarque dans ce livre. 

D’une manière générale, qu’évoque Laure de Pétrarque ?

Il s’agit d’une admiration fervente, platonique.

Dans l’imagination de Henry Beyle, à qui est associée Laure ?

La réponse est apportée dans sa description de la fresque du Parnasse de Raphaël (Promenades dans Rome p 828 pléiade)

« A la gauche du spectateur, Sapho assise tient  un livre dans lequel son nom est écrit ; elle est tournée vers un groupe de quatre figures là se trouvent Pétrarque et madonna Laura, qui représente Corinne ».

Nous lisons que Laure représente Corinne alors qu’en réalité sur ce tableau, Raphaël  a peint Pétrarque et uniquement Corinne. Laure n’est pas indiquée.

En choisissant ce vers de Pétrarque à Laure en incipit du livre Rome Naples et Florence en 1817, Henry Beyle a utilisé une métaphore. C’est à Corinne qu’il rend hommage, à Madame de Staël, « l’âme sensible pareille à la sienne, » qui venait de décéder deux mois plus tôt.

Henri Beyle  décrira, dans la vie de Napoléon en 1818,  une admiration  et un respect voués depuis si longtemps à madame de Staël.

VIII) Les comtes et marquis de Stendhal

Dans une lettre datée du 22 décembre 1817  le baron Adolphe de Mareste, avec lequel Henri Beyle est en correspondance depuis quelque mois, lui donne son avis à propos du livre Rome, Naples et Florence en 1817 :

« Le voici sans aucun artifice. J’ai lu l’ouvrage il y a environ six semaines, il m’a fort amusé . Je l’ai lu, relu il y a trois jours, il m’a amusé encore. Peu de brochures de ce genre pourraient soutenir cette double épreuve. La Ducomanie de Stendhal est aussi par trop bouffonne. Il n’est question que de Marquis, de Comtes, de Princes, de Comtesses et toute cette gentilhommerie, mise en œuvre à tout propos, à toutes pages, est sans motif plausible ».

Stendhal répond dans une lettre de Milan du 3 janvier 1818, qui mérite une attention particulière car il s’exprime sur son pseudonyme :

                  « Quant à la ducomanie de Stendhal , outre qu’elle est fort naturelle chez un homme d’une si haute naissance un beau jour, pour n’être pas reconnu, « il a multiplié, par la quantité comtes et marquis, toutes les initiales citées. Songez que la noblesse d’Italie, excepté Venise, est plus riche que jamais. Il y a ici deux cents familles à cent mille francs de rente, qui en mangent trente. Retenez ce trait pour l’Italie de 1848. Les nobles y auront (et je  m’en réjouis) l’influence réelle et constitutionnelle de richesses immenses. Aujourd’hui, il n’y a que les comtes et marquis de Stendhal qui reçoivent. Je vérifie, par toutes les anecdotes que j’entends , ce qu’a dit Stendhal. Je n’ai pas changé d’yeux. Je voudrais vous tenir ici en présence des modèles ».

Qui sont ces comtes et marquis qui reçoivent en Italie en 1816-1817 ?, qui sont ses modèles et où les rencontre-t-il  ? Nous savons qu’à cette époque, il passait une grande partie  de son temps à la Scala de Milan :

 « Je passe une heure ou deux dans la loge de M. Louis Arborio de Brême, fils du Brême qui a 200 000 livres de rente, ami de madame de Staël, de M. Brougham, homme d’esprit, chef des romantiques italiens. A propos la guerre des romantiques et des classiques va jusqu’à la fureur à Milan; ce sont les verts et les bleus. Toutes les semaines, il paraît une brochure piquante, je suis un romantique furieux, c’est à dire je suis pour Shakespeare contre Racine et pour lord Byron contre Boileau ». (lettre au Baron de Mareste du 14 avril 1818)

En octobre 1816 Louis  di Brême lui présenta lord Brougham et lord Hobbouse, venant d’arriver de Coppet (demeure de Madame de Staël). Ils sont  qualifiés par Stendhal :                     

« d’englishmen of the first rank and understanding. Ils m’ont illuminé et le jour où ils m’ont donné le moyen de lire the Edimbourg Review sera une grande époque  pour mon esprit ».

Monseigneur di Brême lui ouvrit son salon , il y rencontra des auteurs italiens célèbres ; Monti, Pellico, Borsieri …une lettre à Louis Crozet du 28 septembre 1816 :                      

« J’ai connu sept à huit personnes du premier rang par les cordons et par la tête. j’ai eu des succès d’amour propre. Ils ont goûté ma loquelle. Cela m’a ôté la timidité que j’ai envers les gens que j’estime grands ».              

Le professeur Michel Crouzet dans le livre  « Stendhal ou Monsieur Moi-même » fait la description  « de l’abbé Lodovico di Brême, ancien aumônier  du royaume d’Italie, descendant d’une famille considérable, écrivain-poète, amoureux malheureux figure célèbre de l’aristocratie milanaise ; impossible de ne pas songer avec lui à Fabrice del Dongo ».

Monsieur Henri Martineau dans le livre intitulé « Cœur de Stendhal » indique également :

« L’abbé di Brême n’est pas sans faire songer à Fabrice del Dongo plus lettré et plus éthéré ».

Selon ces éminents biographes, di Brême, serait le modèle de Fabrice. En effet, il est la personnalité richissime donnant des grandes fêtes, chef des romantiques italiens  qui invite  les plus brillantes personnalités d’Italie.

En  1816-1817, c’est sur les théories de madame de Staël que la bataille du romantisme pénètre en Italie (réf Charles Dejob « Madame de Staël et l’Italie » p133)

C’est auprès de madame de Staël  à Coppet que di Brême puise ses inspirations du romanticisme italien dont il est le chef de file. En fréquentant assidûment ce salon, Henri Beyle se sentit un romanticisme imitateur. Il  rédigea en février 1818 le fragment de Racine et Shakespeare « Qu’est ce que le romanticisme ? ». En  1823, il prit  le parti de Shakespeare contre Racine en introduisant un néologisme en France : le romanticisme.

Madame de Staël introduit le romantisme à Milan en 1816,  appelé romanticisme. Henri Beyle rencontre la femme illustre en octobre 1816. Il s’en inspire, et créé en France en 1823 le romanticisme. (réf  de la rencontre avec madame de Staël, Stendhal revue de Paris T2 mars 1830)

Que signifie : « j’ai multiplié par la quantité les comtes et marquis , par les initiales citées ».

Réfléchissons quelques instants : Où pourrions- nous trouver une quantité de comtes et marquis, et qui serait un endroit que Stendhal aurait aimé fréquenter durant sa vie ?

A l’étude de sa biographie, la réponse vient naturellement ;  Stendhal passera sa vie dans les salons mondains pour le raffinement de l’esprit de conversation et en vue de connaître les lois de la société. La quantité de comtes et marquis est  une des caractéristiques principales d’un salon.

Quel salon accueillait des  comtes et marquis  en Italie de manière somptueuse ? c’est le salon de monseignor di Brême, modèle de  Fabrice del Dongo.

 M. di Brême était fou admirateur de madame de Staël, (lettre à Romain Colomb, 24 août 1829)

Qui sont les initiales constamment citées  dans son salon ? : N D STAEL H  (Necker de Staël Holstein)

Continuons : « il a multiplié, par la  quantité comtes et marquis les initiales citées ». Henri Beyle se réfère à la notion de la multiplication  qui est une opération de croiser un élément par un autre élément (définition aussi de l’anagramme).                  

« Il a croisé par la quantité comtes et marquis par les initiales citées ».                             

le salon (comtes et marquis ) de NDSTAELH, le salon de Stendhal,

N D STAEL H , la face cachée de S T EN D H A  L

IX) Madame de Staël dans ses romans

Examinons si Stendhal évoque madame de Staël dans ses romans ou ses écrits autobiographiques ?

La question pourrait sembler ridicule. Madame de Staël étant décédée en 1817, quel  intérêt aurait-t-il à l’évoquer en 1817, 1827, 1829, 1830, 1832 et 1835 ?  à quel concept est-elle associée ?

1) Vie de Napoléon (1817-1818) : Il  s’agit de fragments d’écrits, sur la vie de Napolélon, composés en 1817-1818 et publiés après le  déces d’Henri Beyle. Dans l’introduction, il  réagit au livre de madame de Staël « Considérations sur les principaux événements de la révolution française », publié aussi à titre posthume.

Chapitre Premier :

« J’écris l’histoire de Napoléon pour répondre à un libelle. C’est une entreprise imprudente puisque ce libelle est lancé par le premier talent du siècle contre un homme qui, depuis quatre ans, se trouve en butte à la vengeance de toutes les puissances de la terre. Je suis enchaîné dans l’expression de ma pensée, je manque de talent et mon noble adversaire a pour auxiliaire tous les tribunaux de police correctionnelle. D’ailleurs, indépendamment de sa gloire, cet adversaire jouissait d’une grande fortune, d’une grande renommée dans les salons de l’Europe et de tous les avantages sociaux. Il a flatté  jusqu’à des noms obscurs, et sa gloire posthume ne manquera pas d’exciter le zèle de tous ces  nobles écrivains toujours prêts à s’attendrir en faveur des infortunes du pouvoir, de quelque nature qu’il soit……….. »

Commentaire  : 

Henri Beyle qualifie Madame de Staël  de premier talent du siècle !  

« Ce grand nom a flatté des noms obscurs », s’adresse-t-il à lui-même ? 

(en  1827, lors de la publication du livre Armance, il écrira à  Urbain Canel son éditeur, Stendhal est un nom obscur)

continuons le commentaire :

« Sa gloire posthume ne manquera d’attendrir ces nobles écrivains prêts à s’attendrir sur les infortunes du pouvoir, de quelque nature que ce soit »  

A  l’égal de  Madame de Staël n’avait-il pas lui-même eu à souffrir de l’ingratitude du pouvoir napoléonien ? (après bien des sollicitations pour ses états de service, il ne fut récompensé de  l’attribution d’aucune préfecture contrairement à ses camarades auditeurs au conseil d’Etat).  

Chapitre LXVI :

« La police impériale n’a jamais eu à se reprocher des événements comme la prétendue conspiration de Lyon ou les massacres de Nimes »

Henri Beyle indique en bas de page :

« L’illustre auteur que je cherche à combattre était-elle de bonne foi dans ses déclarations ? En ce cas, cette femme célèbre avait une bien pauvre tête. C’est une triste excuse, quand on calomnie, que la faiblesse du jugement. Qui vous forçait à parler ? Et si vous  n’avez élevé la voix que pour calomnier le malheur et battre des gens à terre, quelle barrière avez-vous laissée entre vous et les plus vils des hommes ?

La personne qui écrit (Henri Beyle) serait véritablement heureuse de voir détruire ce raisonnement. Elle a besoin d’estimer ce qu’elle admire et ce qu’elle a respecté si longtemps ».

commentaire :

Henri Beyle voue en 1817 à madame de Staël  une admiration et un respect depuis si longtemps

 2) lettre du 17 juin 1818 à Romain Colomb :

« Je suis loin d’avoir la plus petite partie des talents qu’il faudrait posséder pour discuter le mérite  des Considérations sur les principaux événements de la Révolution française de madame de Staël »

« Il me semble voir une femme dépourvue de sensibilité et surtout de la pudeur de la sensibilité, mais pleine d’imagination et d’esprit »

Nous lisons une fois de plus  une ambivalence d’appréciation telle qu’on peut les trouver sur ( Napoléon, Byron, …alors qu’ils étaient dans son panthéon  d’ hommes illustres).

« Une chose qui me persuaderait que les étrangers ont, en effet, moins d’esprit que nous, c’est que son article sur Napoléon est la seule chose plate qu’elle ait jamais écrite »

Cette phrase est du pur Henri Beyle, à priori, nous comprenons que les étrangers sont dotés d’un esprit moins raisonneur. En second degré, Madame de  Staël n’a fait que des livres de qualité, hormis celui sur Napoléon. Du grand art stylistique pour masquer son véritable point de vue.

« C’était, cependant, il faut le dire, un spectacle curieux et attrayant que celui qu’offrait le château de Coppet, lorsque  madame de Staël en faisait les honneurs. Le sentiment aristocratique d’appartenir à une société choisie, on doit l’avouer, entrait pour les trois quarts dans les charmes de ces réunions. Cette femme unique improvisait  au milieu d’une foule de gens qui se trouvaient tout fiers d’être là……..J’admirais la sottise de  Napoléon de n’avoir pas su gagner un être aussi séductible et destiné à produire tant  d’effet sur les français. »

Nous observons les mots choisis ( la femme unique improvisant au milieu d’une foule tout comme  l’homme singulier, Henri Beyle, décrivant Lucien Leuwen improvisant au centre d’un salon).

J’admirais la sottise de  Napoléon ! une figure  stylistique stendhalienne ambivalente, l’admiration et le  rejet.

Un être destiné à produire tant d’effet sur les français, l’admiration de Henri Beyle portait également sur l’impression exercée sur les français.

suite de la lettre :

« Peut-être est-il permis de penser que, dans ce cas, on n’eût pas écrit cette phrase si noble, et qui a fait  presque autant de plaisir en Angleterre qu’en France : le duc de Wellington, le plus grand général d’un siècle où Napoléon a vécu ».

(Premier sentiment : madame  de Staël relègue au second plan l’importance de Napoléon dans ce 19ème siècle. Après une lecture attentive, la supériorité du duc de Wellington est  partagée par Henri Beyle, car il introduit   : « on n’eût pas écrit une phrase si noble »)

« Puisqu’on a publié un livre de madame de Staël, puisqu’on a ouvert une discussion sur son caractère, toutes les convenances permettent à chacun de dire son avis sur cette femme étonnante, mais sans vraie sensibilité, et qui, au fond, je le répète, avait  l’âme d’un parvenu ».

Cette âme d’un parvenu , il l’avait trouvée aussi chez Napoléon et  chez sa maîtresse Clémentine Curial.

« il me semble que le meilleur ouvrage de madame de Staël est son livre sur l’Allemagne ».

« le génie de madame de Staël l’appelait à faire l’esprit des lois de la société de 1780″.

 « Il n’y a pas encore un an que la France a perdu et pleure madame de Stäel. Trouvera-t-on peu délicat qu’une plume obscure mette un tel empressement à relever ses écrivains ?

Stendhal , une plume obscure, n’était-ce pas ce nom obscur que madame de Staël a flatté au chapitre 1 de la vie de Napoléon :

« D’ailleurs, indépendamment de sa gloire, cet adversaire jouissait d’une grande fortune, d’une grande renommée dans les salons de l’Europe et de tous les avantages sociaux. Il a flatté  jusqu’à des noms obscurs, et sa gloire posthume ne manquera pas d’exciter le zèle de tous ces  nobles écrivains toujours prêts à s’attendrir en faveur des infortunes du pouvoir, de quelque nature qu’il soit……….. »

Conclusion de la lecture de la vie de Napoléon et de la lettre à Louis Crozet :

 Une admiration et un respect  depuis si longtemps ! Henri Beyle aura caché son admiration sous couverture de nuances d’expressions  ambivalentes . (Ne pas être deviné)

3) De l’Amour 1822 :

En 1796, Madame de Staël publie « L’influence des passions », un livre sur le bonheur des individus, avec des chapitres sur l’amour de la gloire, de l’ambition, de la vanité, de l’amour.

Stendhal dans son livre de l’Amour procède aussi à une classification : chapitre 1 : de l’amour, chapitre 2 : la naissance de l’amour…etc

Ce rapprochement fait naître le commentaire suivant de madame Didier ( Madame de Staël p29) :

« On voit donc un souci de classement systématique, et dans cette volonté de classement, comme dans maintes analyses, les parentés qui peuvent exister entre madame de Staël et les idéologues……, ce qui explique outre une influence directe, la parenté avec Stendhal et De l’amour ».

En 1826, Henri Beyle projettera d’écrire une nouvelle édition du livre et fera l’essai d’une première préface.  Madame de Staël y fait figure de maître étalon littéraire :

« Cet ouvrage (De l’amour) n’a eu aucun succès ; on l’a trouvé inintelligible, non sans raison. Aussi, dans cette nouvelle édition, l’auteur a-t-il cherché surtout à rendre ses idées avec clarté. Il a raconté comment elles lui étaient venues ; il a fait une préface ; une introduction, tout cela pour être clair ; et malgré tant de soins sur cent lecteurs qui ont lu « Corinne », il n’y a pas quatre qui comprennent ce livre-ci ».

4) En 1824 Racine et Shakespeare :

Madame Didier relève de nombreuses similitudes, voir une dette morale avec le livre « De la littérature » de madame de Staël :

« Il faut comprendre, et là encore le rapprochement avec Stendhal s’impose, que la défense de Shakespeare fait partie de l’arsenal de guerre du romantisme naissant dans ces années qui précèdent la bataille d’Hernani. » (madame de Staël, Béatrice Didier p 84)

« Un des aspects qui établit encore un lien entre madame de Staël et le Racine et Shakespeare de Stendhal qui lui doit beaucoup, c’est l’importance donnée au théâtre et à une analyse sociologique du rire ». p85

5) Pour son premier roman, Armance le 11 juin 1827 :

« Astolphe de Custine, soupçonné d’impuissance, fut le modèle de Stendhal. Ce jeune aristocrate avait été fiancé à la fille de Mme de Staël, et à la fille de la duchesse de Duras, qui pour venger sa fille, écrira Olivier, histoire d’un babilan amoureux platonique, imitée par quelques années par Stendhal ». (référence Saveur du temps  Jean d’Ormesson).

La fille de madame de Staël « Albertine de Broglie » qualifia ce livre de mauvais ton. Henri Beyle signe un contrat avec les éditeurs Buros et Canel dans lequel il s’oppose à ce que son nom orne le frontispice

« je voudrais que le nom obscur de Stendhal ne parut que dans les journaux, car il ne faut pas violer les usages et se donner un air de prétention ».

Si Stendhal est un nom obscur, et tout juste bon à être publié dans les journaux. Quelle est l’âme pareille à la sienne ayant un nom illustre et qui ne publiait pas dans les journaux, et apposait son nom sur les livres.

De violer quels usages ? Le sujet du livre étant l’impuissance, il n’encourait pas de risque politique.

L’emploi du verbe violer est fort, telle une transgression d’un nom d’usage, mais quel est ce nom à ne pas transgresser, est-ce celui du 5 février 1805 auquel il fait référence pour la publication de son premier roman :

« d’après mes principes sur mon art, mon premier ouvrage eu de grands traits de ressemblance avec Delphine de madame de Staël, si je n’avais pas lu ce roman dans ce moment, et peut-être en aura-t-il encore, quoique je l’ai lu. Mais ce sera parce que je le voudrai bien ».

Est-ce en souvenir d’une âme pareille à la sienne portant un nom illustre, et pour lequel il ne faut pas violer les usages de publier un premier roman sous un nom qui soit un double du sien ? NDSTAELHSTENDHAL

Henri Beyle préoccupé d’une reconnaissance nobiliaire avait fait la demande du titre de baron sous l’Empire. En vain, il ne fut jamais sur la liste des élus distingués par l’Empereur. Ce qui ne l’empêchait pas de recevoir ce qualificatif. Dans une lettre de Jacquemont à madame Victor de Tracy, fin juillet 1824 : « notre romantique baron de Stendhal est un orignal inconcevable …… » Le journal le Globe a publié le 2 novembre 1824 une lettre de lord Byron à monsieur le baron de Stendhal-Beyle. Quand il publia la version anglaise de Rome, Naples et Florence en 1817, l’Edimburg review fit un article, en indiquant que l’auteur du présent ouvrage est appelé, dans les annonces des journaux, mais non au titre du volume, le baron Stendhal. (pléiade, Voyage en Italie, 1973 p1430)

Autre similitude de personnage et de lieux entre Stendhal et madame de Staël : L’histoire d’Armance se situe à Andilly, au château de Belmont ( qui n’est pas nommé dans le livre ). Dans le livre Delphine, l’héroïne est propriétaire des terres d’Andelys, monsieur et madame de Belmont vivent à la campagne.

Commentaire :

La première édition d’Armance parue sans nom d’auteur !

Nous nous amuserons à lire la définition du mot obscur par le littré : un manque de lumière.

« Quand on ne peut éteindre une lumière, on s’en laisse éclairer » citation de Stendhal sur madame de Staël.

Nous retrouvons la dualité, la femme illustre la baronne de Staël, le nom obscur le baron Stendhal.

6) Madame de Staël dans le livre Promenades dans Rome 1829 :

La dernière ligne : « Siam servi si, ma servi ognor frementi »

Le professeur del Litto apporte le commentaire suivant (Voyages en Italie pleiade p 1744) :

« oui, nous sommes esclaves, mais esclaves toujours frémissants »

« Le texte exact est « Schiavi or siamo si, ma shiavi almen frementi », (oui, nous sommes esclaves, mais du moins frémissons-nous de l’être »)(Alfieri, Misogallo, sonnet Italiens et Français)..

le professeur continue : Stendhal s’est peut-être souvenu de Corinne, livre IV , chap III, ce vers était cité sous la même forme inexacte. Détail à retenir : c’est dans ce chapitre que figurent les vers du Tasse que Stendhal a cités à son tour à la date du 1er juin 1828, p 854″.

Monsieur Robert Vigneron a supposé au contraire, que Stendhal se serait souvenu d’une information parue dans le constitutionnel du 15 juillet 1829 d’après laquelle on venait de trouver le vers d’Alfieri sur le socle de la statue de Pasquin à Rome, et ce vers était rapporté toujours sous sa forme inexacte. Monsieur del Litto termine par : Quoi qu’il en soit, ce vers placé à la fin des Promenades dans Rome prend la valeur d’une profession de foi : Stendhal partage l’aspiration du peuple italien à l’unité et à l’indépendance ».

Apportons les commentaires suivants :

Stendhal considérait Alfieri comme un écrivain majeur, le surnommant le divin. Il a étudié ses ouvrages politiques et ses dix-neuf tragédies du 22 avril 1802 au 10 mai 1803. Dans son journal, il en recommande la lecture à sa sœur Pauline. Il connaissait donc parfaitement les écrits d’Alfieri .

Dans ces conditions pouvait-il ignorer que le vers choisi à la fin du livre Promenade dans Rome était légèrement différent de l’original ? et qu’en le citant, il faisait explicitement référence à Corinne ou l’italie de madame de Staël, telle que le précise le Professeur del Litto.

Reprenons ces vers et mesurons les nuances :

Alfieri : « oui, nous sommes des esclaves, mais du moins frémissons-nous de l’être » Madame de Staël : « oui, nous sommes des esclaves, mais toujours frémissants »

Dans la première citation est évoquée un état de soumission, avec une sensation de peur. Dans la seconde, un état de soumission avec une sensibilité intacte. Ce vers placé à la dernière ligne du livre Promenade dans Rome fait ressortir une profession de foi mais d’une autre portée : Madame de Staël a l’identique de Stendhal, une âme insoumise.

7) Dans le Rouge et le Noir publié en 1830 :

L’épigraphe du livre : « la vérité , l’âpre vérité » Danton. Un roman : c’est un miroir qu’on promène le long d’un chemin (chapitre XIII). Ses épigraphes éclairent le lecteur sur ce qu’il doit lire en filigrane. La vérité est dans les détails, n’a cessé d’écrire Henri Beyle. ( réf Lucien Leuwen).

Au chap VIII « Quelle est la décoration qui distingue ?, Mathilde est en conversation dans un salon avec le comte Almira et le Marquis de Croisenois. Henri Beyle prête les propos suivants à Mathilde de la Mole :

« Les plus douteux de mes avantages sont encore ceux dont ils m’ont parlé toute la soirée. L’esprit, j’y crois, car je leur fais peur évidemment à tous. S’ils osent aborder un sujet sérieux au bout de cinq minutes de conversation, ils arrivent tout hors d’haleine, et comme à une grande découverte, à une chose que je leur répète depuis une heure ».

Je suis belle, j’ai cet avantage pour lequel madame de Staël eût tout sacrifié, et pourtant il est de fait que je meurs d’ennui. Y-a-t-il une raison pour que je m’ennuie moins quand j’aurai changé mon nom pour celui du marquis de Croisenois ?

Mais, mon dieu ! ajouta-t-elle, presque avec l’envie de pleurer, n’est ce pas un homme parfait. C’est le chef d’œuvre de l’éducation de ce siècle ; on ne peut le regarder sans qu’il trouve une chose aimable, et même spirituelle à vous dire ; il est brave…. »

Plusieurs remarques : Son style d’écriture est original. Ses personnages disposent d’une autonomie relative, l’auteur intervenant à travers eux ou par le jeu de la narration.

Relevons les commentaires de messieurs Henri Martineau et Emile Zola sur la mise en scène de Henri Beyle dans ses personnages :

« Sa conversation était parfois plus abrupte. Elle sautait volontiers à pieds joints par-dessus les idées intermédiaires qui l’avaient conduit à un dernier aperçu. Et, quand les auditeurs ne comprenant pas, se lançaient dans des considérations à côté et formulaient des objections inconsidérées, il devait par un circuit les ramener, « tout hors d’haleine et comme faisant une grande découverte, à une chose qu’il leur répétait depuis une heure ». Henri Martineau, Cœur de Stendhal vol 2 page 122

Emile Zola (les Romanciers naturalistes Page 82) : « Voici une des réflexions que Stendhal prête à Mathilde, parlant des gens qui l’entourent : « s’ils osent aborder un sujet sérieux, au bout de cinq minutes de conversation ils arrivent tout hors d’haleine, et comme faisant une grande découverte, à une chose que je leur répète depuis une heure ». Est-ce Mathilde, Est-ce Stendhal qui parle ? Evidemment, c’est ce dernier, et le personnage n’est là qu’un déguisement ».

Selon Henri Martineau et Emile Zola , Ce n’est pas Mathilde qui parle, mais Henri Beyle.

Poursuivons le texte d’Henri Beyle : « je suis Belle, j’ai cet avantage pour lequel madame de Staël eût tout sacrifié, et pourtant il est de fait que je meurs d’ennui. Y-a-t-il une raison pour que je m’ennuie moins quand j’aurai changé mon nom pour celui du marquis de Croisenois ».

La surprise provient de l’irruption soudaine du nom de madame de Staël dans ce livre. Cette phrase contient dans sa structure cinq clés ; Je – belle- – Madame de Staël – changer de nom – ennui – marquis de Croisenois.

L’emploi du je est identifié à l’auteur Henri, l’utilisation du nom Belle au nom de l’auteur BEYLE. Car dans le livre Souvenir d’égotisme 1983, folio p 58-60-158 Henri Beyle orthographie son nom par Belle. (A vous Belle, Honneur à l’arrivant s’écria-t-on, p58, la célèbre Vigano lui adresse la parole : Belle, on dit que vous êtes amoureux de moi p60, Madame Doligny dit un jour à Madame Berthois : vos yeux s’arrêtent sur Belle, s’il avait la taille plus élancée, il y a longtemps qu’il vous aurait dit qu’il vous aime). p158

L’ennui une préoccupation constante d’Henry Beyle évoquée dans le journal et la correspondance. Lettre au Baron de Mareste, 4 décembre 1831 :

« Je crève d’ennui, et personne ne se conduit mal avec moi » ; cela aggrave le mal » Nous sommes ici en présence des 5 thèmes Stendhaliens : je (l’égotisme), belle (Henri Beyle : le beylisme), madame de Staël (auteur la plus citée dans son œuvre), l’ennui (une source de préoccupation constante dans ses écrits), le changement de noms (les pseudonymes). Quelle réflexion le conduit à évoquer madame de Staël, décédée depuis 13 ans, en associant l’idée de Je-Belle-ennui- changement de nom ? Est ce réellement au sujet de la beauté que Mathide a un avantage ? L’avantage que Henri Beyle pense posséder sur madame de Staël, nous pouvons la lire dans une lettre adressée à Louis Crozet en date du 26 décembre 1816 :

« cette pauvre dame qui, au fond, manque d’idée et d’esprit pour l’impression, quoiqu’elle en ait beaucoup pour la conversation, me semble avoir recours au scandale pour faire effet ».

Dans cette fameuse phrase du Rouge et le Noir, l’intérêt réside aussi dans le choix du nom du marquis de Croisenois.

L’auteur lui attribue des qualités Stendhaliennes ; la bravoure, un modèle de perfection (un homme parfait) à l’identique de Julien Sorel (un jeune homme parfait , chap un diplomate)

« Mais, mon dieu ! ajouta-t-elle, presque avec l’envie de pleurer, n’est ce pas un homme parfait. C’est le chef d’œuvre de l’éducation de ce siècle ; on ne peut le regarder sans qu’il trouve une chose aimable, et même spirituelle à vous dire ; il est brave…. »

Analysons si Henri Beyle après avoir endossé de multiples pseudonymes aristocratiques ( baron Brisset, baron Martin, comte de Chadevelle, comte de Gremme, marquis de Curzay.. etc……….) se donnait des airs de marquis ?

« En 1810-1811, M de Beyle, auditeur, inspecteur général du Mobilier, jouit sans mesure de ces grandeurs……….Son grand souvenir sera d’avoir choqué son beau frère provincial et ses amis, bons bourgeois, par l’étalage audacieux de son luxe et de sa morgue envers les garçons de café. Avait-il atteint alors son idéal de désinvolture élégante et noble ? de marquis de comédie ? ………..Tel autre jour, conduisant à un grand bal donné pour le mariage de l’Empereur la comtesse Daru, il fait son marquis dans la berline armoriée « comme un homme à cinq plumes et à deux crachats ». (Stendhal de M. Crouzet)

Henri Beyle revendiquait une lignée aristocratique :

« Au mont Saint Bernard, j’étais pour le physique comme une jeune fille de quatorze ans ; j’avais 17 ans et trois mois, mais jamais fils gâté de grand seigneur n’a reçu une éducation plus molle. Le courage militaire aux yeux de mes parents était une qualité des jacobins. On ne prisait que le courage d’avant la révolution qui avait valu la croix de saint Louis au chef de branche riche de la famille (M. le Capitaine Beyle de Sassenage) ». Vie d’Henri Brulard folio p 416

Le marquis de Croisenois, est il alors un des 250 pseudonymes de Henri Beyle ?

Dans le livre, le marquis est un personnage de haute naissance avec de l’esprit et de la bravoure, (descendant du fameux Guy de Croisenois, qui suivit Saint-Louis à la croisade)

Pour répondre à cette question, référons-nous au premier roman de Stendhal « Armance » écrit en 1827, trois ans plus tôt. Le héros Octave de Malivert, dont le père, le vieux marquis de Malivert, déclare :

« Je puis offrir un beau nom, une généalogie certaine depuis la croisade de Louis le Jeune ».

Selon les biographes le jeune Octave de Malivert est un des doubles de Henry Beyle. Le vicomte de Malivert -le Marquis de Croisenois ont un point en commun leurs aïeuls respectifs suivirent saint Louis en croisade, tout comme l’aïeul aristocratique d’Henry Beyle qui reçut la croix de saint Louis.

Le vicomte de Malivert-le marquis de Croisenois, une même et unique personne Henri Beyle.

Le voile se lève :

« Je suis Beyle, j’ai cet avantage pour lequel madame de Staël eût tout sacrifié, et pourtant il est de fait que je meurs d’ennui. Y-a-t-il une raison pour que je m’ennuie moins quand j’aurai changé mon nom pour celui de Stendhal ?« .

8) 1830 : Les Scènes historiques et contemporaines de la Vicomtesse de Chamilly :

des scènes signés anonymement de Loève-Weimars, Romieu, et Stendhal.

 Paul Guillemain a le premier mis en lumière un écrit anonyme de Henri Beyle.

D’une manière générale , le travail littéraire de Henri Beyle consiste à confronter des points de vue. En la circonstance, il adoptera le masque de 5 personnes.

Les personnages :

le marquis de Saint Simon, le baron de Stendhall(dixit), M de Schlegel, Mme de Staël : Hommes de lettres (dixit) et le baron Cotonet

Le texte est intitulé « le Producteur », il se décompose en deux parties : le jardin des tuileries et le Château de Coppet

Dans la première partie, c’est un pamphlet contre la bourgeoisie industrielle nouvellement anobli (le baron Cotonet) qui veut étendre sa vision du bien être économique à l’ensemble de la classe politique.

La seconde partie : le château de Coppet :

Henri Beyle met en scène trois personnes : M. de Schlegel, M. de Saint Simon, Madame de Staël

M de Schlegel : « Vous voulez nous ameuter tous contre Napoléon, mais votre querelle est de vous à lui. C’est une affaire de grande homme à grand homme ».

Madame de Staël : « Vous me regardez comme une puissance, bien obligée »

(Nous remarquons qu’Henri Beyle qualifie madame de Staël pour la première fois de puissance égale à celle de Napoléon, dans un écrit anonyme, il lui est plus aisé de s’exprimer).

Madame de Staël à Saint Simon : « il y a mille ans que nous avions compris, nous esprit pensant, qu’il n’y a que deux réalités dans le monde le génie et la richesse ».

(Henri Beyle laisse transparaître sa vision des forces dominant le monde)

Saint Simon (sous la plume de Henri Beyle) propose à madame de Staël d’unir leur conception du monde pour donner naissance à un génie qui saura perpétuer un monde avec une seule réalité : le génie et la richesse associés.

Henri Beyle « se croyait du génie » (voir chapitre XXX vie de Henry Brulard) et vouait à madame de Staël une telle admiration qu’il estimait qu’elle seule pouvait réunir les points de vue des industriels et des privilégiés.

9) En 1832 dans le livre  » Souvenirs d’égotisme :

« Talma fut probablement donc servil, bas, rampant, flatteur, etc ….et, peut-être, quelque chose de plus envers Mme de Staël qui, continuellement et bêtement ainsi occupée de sa laideur ( si un tel mot que bête peut s écrire à propos de cette femme admirable) avait besoin pour être rassurée de raisons palpables et sans cesse renaissantes. Mme de Staël, qui avait admirablement, comme un de ses amants, M. le prince de Talleyrand, l ‘art du succès à Paris, comprit qu’elle aurait tout à gagner à donner son cachet au succès de Talma ». Folio p126, préface Béatrice Didier.

Apportons une précision ; Le point essentiel de ce commentaire se situe sur l’emploi de mots à l’aspect contradictoire : bête et femme admirable

(« laideur, si un tel mot que bête peut s’écrire à propos de cette femme admirable »).

Mieux, c’est le commentaire de Madame Béatrice Didier, page 243 Folio :

« Stendhal comprend d’autant mieux ce mécanisme psychologique qu’entraîne le sentiment de la laideur, qu’il a souffert de la sienne« .

Ainsi, Stendhal se compare psychologiquement à madame de Staël !

10) En 1835 dans Lucien Leuwen :

Henri Beyle créé un personnage du nom de madame Grandet ayant pour modèle madame de Staël ( madame Marie Parmentier, Stendhal stratège : pour une poétique de la lecture page 133).

Dans le vocabulaire de l’auteur, le substantif Grand qualifie des êtres d’exception ( par le rang et l’esprit) :

« J’ai connu sept à huit personnes du premier rang par les cordons et par la tête. j’ai eu des succès d’amour propre. Ils ont goûté ma loquelle. Cela m’a ôté la timidité que j’ai envers les gens que j’estime grands » lettre à Louis Crozet du 28 septembre 1816

Il utilise ce qualificatif pour se décrire :

sur un exemplaire de l’Histoire de la peinture , nous pouvons lire « Je suis grand ». I am great.

« Je crois que pour être grand dans quelque genre que ce soit, il faut être soi-même » (L’Italie en 1818, Pensée, 4 mars 1818)

« je vais avoir la cinquantaine et je chantais l’air de Gretry. Cette découverte imprévue ne m’irrita point, je venais de songer à Annibal et aux Romains. De plus grand que moi sont bien morts ! Après tout, me dis-je, je n’ai pas mal occupé ma vie ». Vie de Henry Brulard

Stendhal= je suis grand, madame de Staël=madame Grandet : un miroir parfait de rang et d’esprit

Dans ce livre l’auteur utilise le même procédé d’intrusion inattendu. Henri Beyle fait parler madame Grandet et déclare : « 

Comme Madame de Staël, eût été belle dans ce moment, au milieu d’un cercle si nombreux et si attentif ! ».

A la première lecture, la phrase est claire, il s’agit d’une admiration pour madame de Staël au milieu d’un cercle, en employant l’adjectif belle.

Dans une second approche, il faut rapporter ces propos de ce qu’écrivait Henri Beyle à sa sœur Pauline le 29 avril 1805 :

« Madame de Nardon me disait, il y a deux ans : vous êtes terrible dans ce cercle, lorsque vous pérorez devant vingt personnes ».

Nous savons qu’Henri Beyle aimait par dessus tout l’esprit de conversation des salons.

La phrase naturellement prend un autre sens :

« Comme Madame de Staël, eût été Beyle dans ce moment, au milieu d’un cerce si nombreux et si attentif !« . Il s’agit d’un hommage déguisé à la femme illustre, celle qui menait l’art de la conversation à un si haut degré de perfectionnement, tel que l’appréciait Henri Beyle :

« Lorsque je suis à un bal charmant, au milieu de tous les plaisirs délicats, près de Mme de B….. et écoutant Madame de Staël, que m’importe que le pauvre pédant qui passe dans la rue s’arrête pour prouver à la porte cochère que je suis dans la boue et dans le froid comme lui ? ». correspondance Milan, le 10 janvier 1817

« Aux yeux des héros de Stendhal, comme Lucien Leuwen, l’ivresse du bonheur est toujours de passer pour un homme d’esprit auprès des femmes qui en ont ». (Mona Ozouf : les mots de femme)

Autre allusion dans Lucien Leuwen à Madame de Staël, associée à la notion de fer. Exposons d’abord ce qui est écrit :

« Mais madame Grandet ne se contentait pas du mérite d’excellent peintre d’aquarelles, c’était une bavarde effrénée. Malheur à la conversation si quelqu’un venait à prononcer les mots terribles de bonheur, religion, civilisation, pouvoir légitime, mariage…etc Je crois , Dieu me pardonne, qu’elle vise à imiter madame de Staël, se dit Lucien écoutant une de ces tartines. Elle ne laisse rien passer sans y clouer son mot. Ce mot est juste, mais il est d’un plat à mourir, quoique exprimé avec noblesse et délicatesse. Je parierais qu’elle fait provision d’esprit dans les manuels à trois francs

Clouer son mot, voilà une curieuse expression ! Le clou est constitué de fer, ce qui n’a rien d’étonnant ! Ce qui l’est davantage, c’est d’asssocier le nom de madame de Staël à la notion de clou et donc de fer. Reprenons la phrase :

« je crois, Dieu me pardonne, qu’elle vise à imiter madame de Staël, se dit Lucien écoutant une des ses tartines. Elle ne laisse rien passer sans y clouer (fer) son mot. Ce mot est juste, mais il est d’un plat à mourir, quoiqu’exprimé avec noblesse et délicatesse ».

A cette lecture, nous ressentons d’abord une antipathie vis à vis de madame Grandet, celle qui imite madame de Staël, en raison de l’utilisation du verbe clouer son mot.

Là où cela devient subtil, c’est dans le choix de l’expression son mot.

Celle-ci est proche de clouter un mot. Selon le langage journalistique clouter un article signifie un article écrit de manière claire et précis. Stendhal était journaliste, écrivait dans le journal des débats, Stendhal n’écrit pas autre chose dans cette phrase :

« Elle ne laisse rien passer sans y clouer son mot. Ce mot est juste ».

Henri Beyle fait également allusion à la phrase de Molière des Femmes savantes, journal au 30 mars 1804 :

« de clouer de l’esprit à nos moindres propos ». La phrase conserve ce même double sens : « Elle ne laisse rien passer sans y clouer son mot (d’esprit). Ce mot est juste ».

Tout l’art Stendhalien est d’exprimer des mots ambivalents pour cacher la véritable pensée.

Autre amusement Stendhalien à propos de madame de Staël, dans l’emploi du mot faire.

Citation dans Lucien Leuwen :

« Je serais un ingrat si je ne me rapprochait pas de son groupe, au cas qu’il lui prenne envie de faire la Madame de Staël ».

Première notion classique : le verbe faire au sens de imiter avec l’idée continuelle que madame Grandet imite madame de Staël.

Monsieur René Servoise indique que les romans de Stendhal se lisent à voix haute. Stendhal était très attentif à la musicalité de ces phrases. En prenant cette attitude, vous entendrez le même son « faire ou fer ». La phrase s’écoute de la façon suivante :

« je serais un ingrat si je ne me rapprochais pas de son groupe, au cas qu’il lui prenne envie de fer la madame de Staël ». Henri Beyle aura systématiquement évoqué madame de Staël dans ces romans avec l’utilisation de mots à double sens. Madame de Staël est ainsi liéee à la notion de Belle-Beyle, de faire-fer, Grandet-Grand, telle un double de son nom d’écrivain : Stendhal- Ndstaelh

11) En 1835 , Stendhal écrira en note sur le livre « Lucien Leuwen », sa devise devenue célèbre : Se Foutre Carrément de Tout : S.F.C.D.T

« Si le baron Deskonecker ne fut pas arrivé, tu eusses eu également de l’humeur le matin par quelque autre misère. Donc la source de la gomme est dans l’arbre et non dans le couteau qui éraille la peau. Remède unique : Se Foutre Carrément de Tout ».

Nous savons qu’Henri Beyle avait des accès d’humeur, une irascibilité , une maladie des nerfs exprimée dans sa correspondance notamment en1816. Il a recours à une formule éclair, son bonheur doit être indépendant des contingences physiques. La source de la gomme (l’humeur) est dans l’arbre (le corps) : Se Foutre Carrément de tout.

Qui est ce baron Deskonecker ? c’est le baron Stendhal entré en 1817 dans la vie d’Henri Beyle. A la lecture du nom baron Des ko Necker, l’esprit est frappé par la présence du nom Necker. Décryptons ce pseudonyme :

Pour exprimer le son co ou ca, Stendhal utilisait la lettre K exemple : Komiker : l’art de la comédie, Lady Ka pour madame de Castellane. ko est ainsi l’expression de co. Le baron des co Necker, Qui sont ces co Necker ? Ce sont mesdames Necker-Saussure, de Broglie, de Stael, respectivement ; nièce, petite fille , fille de Necker. Stendhal leur rendit un élogieux hommage le 6 août 1817 dans « Rome , Naples et Florence en 1817″ :

« Je ne vois pas ce que les académies d’Europe ont à opposer à un salon où les Dumont, les Bonstetten, les Prévost, les Pictet, les Romilly, les de Broglie, les Brougham, les de Breme, les Schlegel, les Byron discutent les plus grands questions de la morale et des arts devant Mmes Necker-Saussure, de Broglie, de Stael ».

Il ajoute : « les auteurs écriraient pour être estimés dans le salon de Coppet ». Ce fut naturellement ce qu’il espérait en adressant ses livres « Histoire de la peinture en Italie » et Rome, Naples et Florence en 1817 aux invités du salon de Coppet.

Le baron Des ko necker = De stael Necker = Stendhal

X) Que pensaient les relations d’Henri Beyle du pseudonyme Stendhal ?

– Victor Jacquemont , lettre du 22 décembre 1825 :

 » Au fait, sérieusement, il est fâcheux que vous ayez fait choix de ce nom-là. Maintenant, que faire ? vous l’avez rendu trop célèbre pour le quitter. Il faudrait de nouveaux frais pour rattraper quelque réputation sous un autre nom. Et pourtant de Stendhal est assez ridicule. Entre nous, vous en convenez, n’est ce pas ? »

-Paul-Emile Daunand-Forgues, journaliste , critique littéraire,  rédige un article le 3 juillet 1838  :

« Monsieur de Stendhal est marchand de fer : c’est vous dire assez que M.de Stendhal n’est pas M. de Stendhal. Jamais, je pense, facture du billet à ordre n’a circulé sur la place de Paris, portant ce nom pour signature. Mais Dieu me garde de toucher à ce mystérieux pseudonyme ! le masque d’écrivain, c’est sacré comme la face d’un homme… » Mémoire d’un touriste p893, pléiade 1992.

Assurément ce n’est pas la petite ville d’Allemagne, Stendal, qui pourrait susciter une telle réaction. « Dieu me garde de toucher à ce mystérieux pseudonyme », le masque d’écrivain c’est sacré comme la face d’un homme. Quelle est cette face d’homme ou de femme qui est sacrée et qu’il ne faut pas toucher ?

« En outre monsieur Forgues lui rapporte les accusations de plagiat que monsieur Quérard auteur d’une littérature  française contemporaine  avait cru devoir glisser dans une note biographique. Henri Beyle objectant ceci, comme avec un haussement d’épaules dédaigneux, un anonyme peut-il  être un voleur de  gloire ? »   H. Martineau « Cœur de Stendhal »

Bien que désirant une gloire littéraire post mortem : « je mets un billet à une loterie dont le gros lot se réduit à ceci être lu en 1935″, Henri Beyle écarta dans ses volontés littéraires, sur une quinzaine de testaments,  le nom de Stendhal. Sur celui du  27 septembre 1837 qui fit date dans l’exécution de son testament, c’est sous le nom d’Arrigo Beyle, exprimant le vœu que les noms de Cimarosa, Mozart, Shakespeare soient inscrits sur sa stèle, destinée à la postérité.

Conclusion de la face cachée du pseudonyme de Stendhal : Madame Necker de Staël Hostein

Henri Beyle a  rêvé de gloire littéraire. Il a étudié inlassablement Molière et d’autres écrivains, imitant leurs styles, cherché les clés de leurs succès. Ses deux premiers livres  sont des plagiats. Henri Beyle était persuadé que le livre de madame de Staël « Delphine » irait à la postérité, et que son premier roman devait s’en inspirer.

Une ambition constante : être reconnu par la postérité.

Fin juillet 1817, Henri Beyle publie l’Histoire de la peinture en Italie, sous son nom avec ses initiales : M.B.A.A (monsieur Beyle ancien auditeur),  Ce livre est envoyé à madame de Staël, la dédicace est destinée à Alexandre Premier, empereur de Russie.

Le 13 juillet 1817, madame de Staël s’endort.

Le 13 septembre 1817 Rome Naples et Florence en 1817 est publié sous le nom de Stendhal.

Henri Beyle  aura choisi des pseudonymes masculins,  Brulard, Darlincourt, féminins, Odile Watier, Comtesse Simoneta

Darlincourt emprunté au vicomte d’Arlincourt, écrivain noble contemporain dont il raillait l’écriture à effet.

Madame de Staël était l’auteur de Corinne ou l’Italie en 1807 que Henri Beyle aura lu attentivement dès sa parution, dont les têtes de chapitre s’intitulent Rome, Naples, Florence.

« Je connais la terre où l’on respire cet air céleste dont ils nient l’existence : je suis de fer pour eux ».

C’est la dernière phrase du livre Rome, Naples et Florence en 1817.

Cette terre où l’on respire cet air céleste fait référence au livre Corinne ou l’italie en 1807.

Dans les dernières pages de son livre, il rend un hommage extraordinaire  à madame de Staël.

Ce livre se termine le 28 juillet 1817 (date d’inhumation de madame de Staël)

Il supprimera cette citation et la date de la fin du livre lors de l’édition de 1826.

Je suis de fer – je suis de Staël, jeu de mot stendhalien pour décrire à la fois sa propre personnalité « de fer », et madame de Staël, en tant qu’ âme grande et sensible parlant à sa pareille ( journal pléiade 1973 p 202)

En 1835, il adopte le pseudonyme de Baron Deskonecker, nous lisons le nom Necker.

Il s’inspire des écrits de madame de Staël, sans en citer l’auteur (la description  du caractère italien, l’influence du climat sur  les caractères….), il cherche le grain d’or.

Madame de Staël introduit le romantisme à Milan en 1816,  appelé romanticisme. Henri Beyle rencontre la femme illustre en octobre 1816. Il s’en inspire, et créé en France en 1823 le romanticisme.

Madame de Staël, la femme illustre du 19ème siècle représentait  « le premier talent de ce siècle », et ce que Henri Beyle admirait au plus haut degré : l’art de la conversation

« Lorsque je suis à un bal charmant, au milieu de tous les plaisirs délicats, près de Mme de B….. et écoutant Madame de Staël, que m’importe que le pauvre pédant qui passe dans la rue s’arrête pour prouver à la porte cochère que je suis dans la boue et dans le froid comme lui ? ». (correspondance 10 janvier 1817)

Il tiendra vis a vis de cette femme comme envers Napoléon des propos ambivalents  (j’admirais la sottise de  Napoléon) une figure  stylistique stendhalienne ; l’admiration et le  rejet.

Il considère   que  Madame de Staël est « une  puissance égale à celle de Napoléon », « une querelle de  grand  homme à grand homme » ( devons nous lire une admiration des tyrannicides, comme celle de Henry Brulard pour Charlotte Corday)

Lorsque madame de Staël est évoquée dans ses romans. Henri Beyle utilise des mots masqués pour ne pas être deviné :

« Je suis Beyle, j’ai cet avantage pour lequel madame de Staël eût tout sacrifié, et pourtant il est de fait que je meurs d’ennui. Y-a-t-il une raison pour que je m’ennuie moins quand j’aurai changé mon nom pour celui de Stendhal ? ». (le Rouge et le Noir).

« Comme Madame de Staël, eût été Beyle dans ce moment, au milieu d’un cerce si nombreux et si attentif ! » (Lucien Leuwen)

Des doubles de mots, Belle-Beyle, fer-faire, grandet-grand,

les initiales de madame de Staël : N D STAEL H

tel un double de son nom d’écrivain : STENDHAL–NDSTAELH

L’écrivain au nom illustre face à l’écrivain au nom obscur.

Henri Beyle, dont l’ ambition était la gloire et l’art de la conversation, a emprunté le nom de celle qui en était l’expression, à son décès.

« Un anomyme peut-il être un voleur de gloire ? »        La postérité « a tiré à la loterie » le nom de Stendhal.

Henri Beyle pourrait-il encore soutenir n’être pas un voleur de gloire ?

 

cet article est en cours d’écriture……………

Olivier Hertoux